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SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - La « technostructure » de l’entreprise industrielle



La notion de « technostructure » a été introduite par James Burnam (L’Ere des organisateurs, 1941). A ses yeux, les dirigeants des grandes entreprises sont amenés à contrôler peu à peu l’ensemble des société à partir de leurs compétences techniques. La réflexion sur la technocratie doit beaucoup à l’ouvrage de Galbraith (Le Nouvel Etat industriel – Essai sur le système économique Américain, 1968) qui approfondit le concept de « technostructure ». Sa thèse peut se résumer ainsi : le capitaliste n’est plus souverain dans l’entreprise ; le consommateur n’est plus souverain sur le marché. D’où l’anachronisme de l’analyse classique du libéralisme économique (analyse des mécanismes de marché pour expliquer les choix économiques à tous les niveaux). En fait le système économique est dominé par quelques milliers de grandes firmes qui sont dirigées collégialement par un appareil complexe, « comprenant des ingénieurs, des savants, des directeurs d’usine, des directeurs des ventes, des spécialistes de marketing, des chefs de publicité, des comptables, des juristes, démarcheurs des ministères » (Interview dans Le Nouvel Observateur du 8 fév. 1971).

C’est par transposition de cette analyse de l’entreprise à l’Etat que se construit la critique politique de la technocratie politico-administrative. C’est typiquement la démarche d’Edgar Faure dénonçant la montée en puissance de la technostructure sous la 5e république (Article dans l’Expansion n°22, sept. 1969 ; L’âme du combat, 1970). • La société se caractérise par l’irruption des problèmes techniques d’où l’avènement des experts et des hauts-fonctionnaires : « Quand les experts sont appelés à exercer le pouvoir de décision, on les appelle des technocrates ». • Cette irruption contribue à une redéfinition du « bon gouvernant » : « On demande aux gouvernants les qualités des administrateurs, la compétence, l’intégrité, la minutie. On loue l’absence des erreurs plutôt que le foisonnement des initiatives. » • Dans cette évolution, se perd la possibilité de distinguer les gouvernants des technocrates puisque les premiers ressemblent aux seconds et que ceux-ci participent au gouvernement… d’où l’idée de « technostructure » politico-administrative. • Cette technostructure politique est assez précisément située dans l’appareil d’Etat : « Cette technostructure ne doit pas être saisie principalement a niveau des ministres, ni, inversement, en deça des directions ministérielles. Son originalité se fixe sur un anneau intermédiaire : celui d’une double équipe de collaborateurs spécialisées à l’Hôtel Matignon et à l’Elysée, directement en prise avec leurs correspondants dans le cabinet des différents ministres » (L’Expansion, n°22). C’est donc pour Edgar Faure, cette technostructure qui définit les objectifs, délimite les options et prépare les décisions. Les ministres sont plus ou moins réduits au rôle de consultants sans pouvoir de décision autonome, puis d’interprète et d’avocats des décisions prises. A plus forte raison les parlementaires, qui faute de moyens d’information et d’analyse, ne peuvent exercer qu’un contrôle très imparfait sur les mesures complexes qui leur sont ainsi proposés.

Jérôme VALLUY‚ « Segment - La « technostructure » de l’entreprise industrielle  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 8 novembre 2022‚  identifiant de la publication au format Web : 281