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SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - Perspectives scientistes du gouvernement politique

A. En cours de rédaction
I. À éditorialiser


Une tradition déjà ancienne puisqu’elle remonte au moins à Condorcet et s’illustre notamment dans certains travaux de Saint-Simon et d’Auguste Comte mais aussi d’Ernest Renan (L’Avenir de la science) appelle de ses vœux une société où la rationalisation du gouvernement des hommes grâce à la Science établira enfin l’harmonie sociale par à la mise hors-jeu des passions et au recul de l’ignorance. Une autre manière d’exprimer ce vœux consiste à soutenir que l’essor de la science et de la technique placerait inéluctablement le pouvoir entre les mains des savants et des techniciens dans un société vouée à être régie par des savants.

La Science, c’est ici l’investigation des phénomènes sociaux, avec le développement des sciences sociales que saluait Max Weber au du siècle, comme un élément du vaste processus de rationalisation du politique qui conduit à l’Etat moderne. Ainsi dès les années 30, dans la grande dépression qui frappe l’Amérique, Howard Scott (Introduction to Technocracy, 1933), préconise l’emploi des science physiques pour trouver les solutions des problèmes sociaux. Après la guerre, T. Swann Harding (« The Place of Science in Democratic Government », American Sociological Review, dec. 1947, p.621-627) revendique pour les scientifiques et les techniciens une part déterminante dans la formulation des politiques publiques ; les décisions devraient désormais être prises sur la base de faits scientifiquement établis et interprétés par des spécialistes. Le développement des sciences économiques notamment à partir des années 30, de la sociologie notamment dans les années 50, de l’informatique dans les décennies qui suivent (traitements statistiques…), alimente le rêve d’une gestion politique rationnelle, l’espoir « d’éviter les erreurs dans le gouvernement des hommes » (Alfred Sauvy).

Ce discours à trois grandes implications politiques : 1) Une élitisme ouvert ou larvé : en effet ce type de discours implique une distinction et une hiérarchisation entre ce qui relève des connaissances réputées objectives et ce qui relève des opinions nécessairement subjectives, ces dernières étant dévalorisées par rapport aux autres. A travers cette distinction/hiérarchisation, se profile celle entre citoyens compétents et citoyens ignorants, ces derniers étant implicitement ou explicitement tenu à distance des décisions politiques. On trouve ce genre de pensée dans les élites administratives du régime de Vichy mais aussi après la seconde guerre mondiale. 2) Un apolitisme tendanciel : Le plaidoyer pour une gestion scientifique du politique s’accompagne aussi d’une dénonciation du débat politique ouvert, public et conflictuel. Est dénoncée la « verbocratie », l’affrontement des passions et tout discours fondé essentiellement sur dezs valeurs mais ignorant des réalités techniques, économiques. L’anti-parlementarisme (et la plus largement la critique des « élus ») dans les milieux administratifs concrétise aussi cet apolitisme, de même que le rejet des clivages politique notamment gauche-droite, de même que le rejet des conflits sociaux , de même que l’évaluation des activités gouvernementales à l’aune du seul critère de l’efficacité. 3) Un optimisme confiant dans l’avenir : En effet ce discours scientiste exprime une volonté de dépasser le clivage conservatisme / changement social, en rejetant les aussi bien les craintes de remise en cause des libertés que les volontés révolutionnaires de transformation du système économique, social et politique. La foi dans la science s’accompagne de discours exaltant un avenir radieux, une ère de l’abondance issue des progrès scientifiques et techniques.

Cette « vision du monde » que l’on peut qualifier de scientiste se trouve renforcée par la diffusion de ce que Pierre Birnbaum a justement appelé « l’idéologie de la fin des idéologies » (La fin du politique, 1975). A la vision d’une société divisée en deux classes antagonistes s’oppose celle d’une « société de masse », harmonieuse et consensuelle, aspirant avant tout au bien-être matériel (« société de consommation ») et peu intéressé par la compétition politique. Une société où les gouvernants agissent par la persuasion (plutôt que par la contrainte) et le font au nom d’une compétence professionnelle à définir le bien commun ; une société ou les conflits qui subsistent correspondent essentiellement à des problèmes techniques à la recherche de solutions techniques.

Jérôme VALLUY‚ « Segment - Perspectives scientistes du gouvernement politique  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 1er décembre 2022‚  identifiant de la publication au format Web : 279