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SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Introduction - Sous-section - Indépendance et accès libre

I. À éditorialiser
C. À retravailler


On peut parler d’ouvrage numérique dynamique en accès libre, pour désigner l’écriture numérique issue de ce nouveau processus global d’éditorialisation intégrant dès le départ, dans la conception même du produit « final », les données et codes informatiques librement réutilisables et modifiables, pour une production nouvelle elle-même en accès ouvert et réutilisable par des tiers sous tous ses aspects techniques et intellectuels. Typiquement les licences Creative Commons décrivent des cadres symboliques (plus que juridiques) correspondant à cette tendance sociale. Le choix d’éditorialisation « en accès libre », ne procède pas seulement de diverses philosophies politiques du partage de « biens communs » ou de « démocratisation » des accès aux savoirs ou de « transparence » des sources et des usages, mais aussi d’une forme de pragmatisme soucieux d’efficacité voire de productivité : la valeur de l’ouvrage en accès libre tient à sa propension à incorporer la valeur de la multitude d’apports (écrits, sons, images, logiciels...) par ailleurs en libre accès. Ce caractère est très discriminant vis-à-vis des ouvrages commercialisés, notamment pour des raisons juridiques faisant obstacle à la commercialisation des données en accès libre sur le web. Le libre accès s’impose presque comme une contrainte « économique » (du point de vue de la valeur intrinsèque de l’ouvrage) qui n’empêche pas toute forme de commercialisation, comme source de financement parmi d’autres nécessaires à la juste rémunération du travail, mais oblige à segmenter et dissocier partiellement les prestations ouvertes et payantes, par exemple de produits dérivés (dont le format « appauvri » du papier), et à reconcevoir les systèmes de financement des recherches et créations sur la base de flux ex ante plutôt que ex post, flux pouvant hybrider des sources de statuts divers (subventions, donations, achats préalables...). Dans cette perspective, il reste notamment à réfléchir aux transferts de charges que cela implique du point de vue du capital-risque (la fonction « bancaire » de l’éditeur classique assumant la prise de risque du financement préalable de l’éditorialisation).

On peut parler d’ouvrage numérique dynamique en accès libre indépendant, dès lors que l’auteur, individuel ou collectif (revue, association, entreprise, laboratoire, établissement, parti, syndicat, club...), privé ou public, marchand ou non marchand, non seulement dispose et conserve l’autorité auctoriale sur les contenus (pas de modification sans son accord), mais aussi détermine lui-même l’architexte de son écriture numérique ou, au moins, collabore partiellement à sa conception — notamment le(s) dispositif(s) informatique(s) servant de support à la diffusion de contenus et la régulation des interactions elles-mêmes génératrices de contenus nouveaux (CMS, API, systèmes de recommandation, modération de forums...) — et détermine ainsi le cadre technique, symbolique et esthétique de présentation des contenus ainsi que les contenus eux-mêmes. Le souci d’indépendance vise à conserver à l’auteur, individuel ou collectif, une forme d’autorité relative sur les contenus qui, à la fois, procèdent de sa compétence et engagent sa responsabilité, et sur les dispositifs technico-symboliques de leur présentation, sans le couper des apports de la multitude pour la correction, le complément et l’évolution de ses contenus. Au-delà de cette définition minimale et sociotechnique de l’ouvrage numérique indépendant, les réflexions sur l’indépendance pourraient s’étendre à d’autres dimensions plus sociopolitiques ou socioéconomiques :

  • l’indépendance d’agenda (hiérarchisation des priorités de sujets ou thèmes sur le plan scientifique, artistique, médiatique, politique...) liée à la configuration de l’ensemble du processus d’éditorialisation considéré sous ses aspects juridiques et économiques ;
  • l’indépendance linguistique, permettant de remettre à chaque auteur le soin de trouver les équilibres entre les langues majoritaires dans certains périmètres de communication et celles majoritaires dans d’autres ;
  • la réflexion sur l’indépendance pourrait aller jusqu’à examiner la propension des systèmes informatiques à favoriser l’indépendance d’autres auteurs par reproductibilité et reconfiguration aisée des systèmes utilisant des logiciels libres dissociables et recomposables.

Ainsi défini, l’ouvrage numérique dynamique indépendant en accès libre (ONDIAL) se distingue non seulement de l’ouvrage classique sur papier et de son équivalent que constitue l’ouvrage numérique homothétique (simple transcription de la maquette du livre papier en format numérique de type PDF ou autre, à processus d’éditorialisation inchangé) mais aussi de ce que les mass-médias, les pouvoirs publics et le monde de l’édition classique tendent à nommer « livre » numérique « enrichi » (ou « augmenté ») qui constitue un prolongement du livre classique sur papier ou homothétique, tant du point de vue du processus global de production que des caractéristiques du produit final. L’ouvrage numérique augmenté/enrichi est conçu et produit de la même façon que le livre papier, avec comme seules modifications, celles intervenant a posteriori, au stade final :

  1. la numérisation qui génère le livre numérique homothétique quel que soit son format (HTML, PDF, ePub,...) ;
  2. l’enrichissement, principalement sous format HTML, qui ajoute des insertions issues du web (hypertextes, images, sons, vidéos). Typiquement le réseau scientifique Terra a produit des publications en numérique homothétique et en numérique enrichi : reseau-terra.eu. L’édition numérique enrichie du livre Candide par la BnF relève aussi de cette catégorie : candide.bnf.fr. La plupart des éditions de manuels scolaires encore envisagées aujourd’hui se limitent à l’édition numérique homothétique ou enrichie (ex. : lelivrescolaire.fr, manuels-sans-frontieres.org, sceren.com, academie-en-ligne.fr).

Mais l’ONDIAL se distingue aussi des nombreux ouvrages numériques dynamiques qui n’intègrent pas, dans la conception du dispositif sociotechnique, de finalités spécifiques relatives à l’indépendance d’auteur, telle que précédemment évoquée, ni de finalités relatives aux valeurs philosophiques et à l’efficacité productive du libre accès. L’ensemble des sites et plateformes de commercialisation d’ouvrages numériques dynamiques, en ligne ou sous CD-Rom, entrent dans cette catégorie par exclusion du libre accès mais aussi par faible dépassement du format « enrichi » même dans les ouvrages en CD-Rom « augmentés » de jeux vidéo articulés aux contenus. Wikipédia demeure la réalisation pionnière des ouvrages numériques dynamiques en accès libre mais avec de grandes faiblesses en ce qui concerne l’indépendance d’auteur, telle que précédemment définie, et cette encyclopédie demeure relativement sous-développée technologiquement du point de vue de l’intégration des nouveaux dispositifs d’éditorialisation et d’interaction. De nombreux MOOC (Massive Opened Online Courses) produits tant par des acteurs du secteur de l’enseignement supérieur (universités, ministères, agences...) que par ceux d’autres secteurs de la culture (musées, bibliothèques, patrimoines historiques, théâtres, opéras, expositions...) n’intègrent pas ou peu la préoccupation d’indépendance d’auteur et demeurent souvent technologiquement sous-développés du point de vue dynamique. Le webdocumentaire, forme plus fréquemment issue du secteur journalistique, a pu s’approcher du format ONDIAL mais en demeurant souvent faible sur le plan des contenus analytiques (écrits notamment) tout comme dans la dynamique interactive au long cours car conçu comme une production close, finie à un certain stade de réalisation.

À ce stade de la recherche, il est donc possible d’esquisser une première typologie, sans doute provisoire, des quatre principaux formats d’ouvrages numériques :

Ouvrage papier Ouvrage numérique homothétique Ouvrage numérique enrichi Ouvrage numérique dynamique ONDIAL

Jérôme VALLUY‚ « Introduction - Sous-section - Indépendance et accès libre  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 8 novembre 2022‚  identifiant de la publication au format Web : 11