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SECTEUR COURANT DU MANUEL > TEDI - Transformations des États démocratiques industrialisés > Jérôme VALLUY    

Segment - Compétence, qualité, autorité et labels

C. À retravailler
I. À éditorialiser


Les questions précédentes amènent à s’interroger aussi sur les relations auteur/lecteur ou auteur/visiteur, notamment au regard de la compétence, si l’on accorde à celle-ci une certaine valeur, donc aux relations spécialiste/néophyte, professionnel/amateur, savant/ignorant. La culture du web semble porteuse d’un idéal démocratique égalitariste dans la perception des rôles sociaux et des « droits » de participation, pour la validation des contenus (Wikipédia) ou l’autoédition individuelle (blogosphère). Cependant, cet idéal peut être contraire aux intérêts de tous (voire à « l’intérêt général ») s’il en vient à abaisser les niveaux de compétences dans la production, la diffusion et la réception des savoirs. Démocratie et science ne relèvent pas, sous bien des aspects, du même horizon axiologique. Pour autant, la science (ou la « compétence ») peut-elle ignorer les apports de larges participations aux travaux qu’offrent les évolutions numériques, comme l’intégration d’apports spécialisés grâce à des interactions sociales impensables avant (pour des raisons matérielles ou géographiques) mais possibles grâce au numérique ? L’environnement numérique qui se forme spontanément autour d’un auteur, individuel ou collectif, par agrégation de connexions et expansion des volumes d’interactions, n’est pas nécessairement le plus approprié pour examiner, analyser et critiquer des productions de connaissances... et les certifications environnementales des contenus (tendances statistiques issues de visiteurs en systèmes ouverts) risquent d’être scientifiquement sous-optimales. Se posent alors les questions de reconstitution, dans le processus d’éditorialisation, d’environnements maîtrisés de certifications ou labellisations scientifiques, intellectuelles, artistiques... qui sont souvent des questions de « pouvoir ». Elles se déclinent à toutes les échelles d’éditorialisation, de la plus étroitement individuelle à la plus largement collective : celle du simple livre dynamique, celui de l’ouvrage collectif thématique ou périodique, de l’encyclopédie ou du magazine... Elles se posent pour les primo éditeurs autant que pour les plateformes de rediffusion et les agrégateurs globaux de contenus. Une tension est omniprésente entre l’utilité sociale de dispersion du pouvoir, comme garantie de pluralisme cognitif et normatif, donc de libertés intellectuelles et libres créativités d’une part, et l’utilité sociale d’une concentration du pouvoir dans des systèmes informatiques permettant d’augmenter les capacités d’exploration par mutualisation des accès. Cette tension explique peut-être le face à face entre, d’un côté, l’océan des autoéditions en accès ouvert, qui relativisent voire noient l’audience des publications scientifiques et la force de la parole pédagogique, et, de l’autre côté, des monopoles et des oligopoles éditoriaux, marchands ou étatiques, qui concentrant les pouvoirs de sélection et de diffusion des savoirs en les subordonnant à des fins commerciales ou politiques. Les étudiant-e-s, lecteurs sur Internet, disposent-t-il de la liberté de penser qui nécessite d’identifier les connaissances pertinentes pour cela ? Les auteurs, chercheurs, pédagogues ou créateurs conservent-il leur liberté d’expression entre noyade numérique et captation monolistique des publications ? Le vis-à-vis entre une masse d’expressions individuelles et la concentration d’expressions dominantes n’est pas nouveau historiquement mais se renouvelle avec l’effondrement de l’édition sur papier et, avec lui, la disparition du très grand nombre de petites maisons d’édition, indépendantes, construites chacune sur un projet tant intellectuel que commercial ou militant. Or ce marché a permis, depuis plus d’un siècle, d’assurer un relatif pluralisme intellectuel : la multiplication des petites éditions offrant des débouchés à des pensées diverses, minoritaires, émergentes, décalées, novatrices, essentielles aux progrès de la recherche... et la liberté d’accès des lecteurs à ces connaissances et pensées. Comment, à l’ère du numérique, retrouver ce pluralisme intellectuel associant qualité et diversité ?

Jérôme VALLUY‚ « Segment - Compétence, qualité, autorité et labels  »‚ in Transformations des États démocratiques industrialisés - TEDI  - Version au 1er décembre 2022‚  identifiant de la publication au format Web : 10